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Fidel, le guérillero de 2015-2016 et au-delà

Fidel guerrillero opinión foroDurant la visite historique d’Obama à Cuba du 20 au 23 mars 2016, je commentais à La Havane l’évènement avec des collègues cubains pour la chaîne de télévision TeleSUR basée à Caracas. Pour les Cubains, l’évènement était assombri par la diplomatie cubaine habilement menée, dans une situation complexe, par le président Raúl Castro et le ministre des Affaires étrangères.

Quant à l’Administration Obama, le voyage faisait aussi partie de la diplomatie. Il était toutefois entaché d’une dose massive de discours et d’entretiens faisant la promotion de la politique des États-Unis envers Cuba, laquelle est très opportuniste. La résistance à Cuba, des Cubains et d’autres étrangers, tels que moi, à cette offensive culturelle, politique et idéologique, avait apparemment été reléguée au second plan. Toutefois, quelques jours après le départ d’Obama, soit le 27 mars, Fidel Castro a publié sa réflexion, ironiquement intitulée « Frère Obama ». Elle a eu l’effet d’une bombe sur Cuba et ailleurs dans le monde. Nous l’analyserons très bientôt.

Permettez-moi d’abord de vous faire part de ma réaction spontanée. Quand j’ai lu « Frère Obama », je me suis dit : Fidel Castro demeure le guérillero qu’il a toujours été. Un guérillero tel que Fidel Castro guidant ses camarades de la Sierra Maestra est mobile et attend le moment approprié pour passer à l’offensive. En se cachant, les révolutionnaires ont laissé leur ennemi s’interroger sur l’emplacement du camp du Mouvement du 26 juillet.

En rassemblant les forces populaires ainsi que les munitions, la contre-offensive a été organisée et minutieusement préparée. Rien n’a été laissé au hasard. Pas trop tôt et pas une minute trop tard. Néanmoins, toutes ces préparations ont eu lieu en accord avec le peuple, en tenant compte de ses besoins et de son niveau de préparation, y compris ses forces et ses faiblesses. L’élément clé est le courage indéfectible des chefs comme Fidel, prêts à mettre leur vie en jeu pour remporter la victoire.

Le guérillero Fidel prêche par l’exemple. À partir de tous les éléments mentionnés précédemment, c’est ainsi, parmi d’autres facteurs, que le Mouvement du 26 juillet a mené l’ensemble des forces révolutionnaires cubaines au triomphe de la Révolution le 1er janvier 1959. Ce tournant décisif de l’histoire cubaine et latino-américaine s’est opéré malgré l’immense supériorité des forces des États-Unis soutenues par la dictature de Batista.
C’est Fidel, l’éternel guérillero, que j’ai reconnu le 27 mars quand il a écrit « Frère Obama », en se servant de sa plume comme d’une arme dans une contre-offensive surprise au moment où elle s’avérait des plus nécessaires pour répondre aux besoins de la résistance cubaine relativement à l’offensive des États-Unis. Il a ainsi contribué à l’approfondissement et à l’expansion d’une intransigeance croissante de la majorité des Cubains.

Cela demandait énormément de courage pour défier le courant impérialiste international qui cherchait à engloutir Cuba avec l’idée que les États-Unis seraient le sauveur de Cuba. L’Empire a immédiatement lâché prise en désespoir de cause, éprouvant une grande déception. Ils ont cru à tort que la politique des États-Unis avait réglé la situation à Cuba et à l’échelle internationale. Ainsi, une fois de plus les États-Unis et l’establishment occidental s’en sont pris à Fidel comme ils n’avaient pas cessé de le faire depuis les années 1950, mais cette fois on l’accusait de mettre des bâtons dans les roues de la nouvelle conjoncture.

En préparation au présent panel, j’ai décidé de relire tout ce que Fidel avait écrit depuis l’annonce historique conjointe du président Raúl Castro et de Barack Obama le 17 décembre 2014. Je me suis concentré sur les textes qui traitaient (même comme thème secondaire) des affaires étrangères et en particulier des relations Cuba-États-Unis. Il existe six de ces textes.

En les relisant avec cette fois en tête « Frère Obama », j’y ai aussi reconnu la marque du guérillero dûment inscrite. Je n’avais pas vu les choses sous cet angle au moment où ces écrits ont été publiés et c’est pour cette raison que j’ai décidé d’intituler cette présentation « Fidel, le guérillero de 2015-2016 et au-delà ». Pourquoi et comment au-delà? Nous y voici. Je souhaite donc partager avec vous l’exercice d’analyse de ces textes.

Le premier texte de Fidel paru après le 17 décembre 2014 date du 26 janvier 2015, environ cinq semaines plus tard. Fidel envoyait un message à la Fédération étudiante universitaire lors d’un évènement célébrant le 70e anniversaire de son admission à l’Université de La Havane :
Mis à part d’autres questions traitées, le chef cubain écrivait :

« Les présidents de Cuba et des États-Unis se sont salués personnellement aux funérailles de Nelson Mandela, l’éminent et exemplaire combattant contre l’apartheid, qui s’était lié d’amitié avec Obama.

Il suffit de signaler que déjà, à cette date, plusieurs années s’étaient écoulées depuis que les troupes cubaines avaient vaincu à plate couture l’armée raciste d’Afrique du Sud dirigée par une riche bourgeoisie dotée d’immenses ressources économiques. »

De façon diplomatique, tout en respectant Obama et Mandela, Fidel, selon son style unique qui désormais le caractérise, rappelait au monde et à Obama de ne pas oublier que ce sont les héroïques efforts de Cuba qui ont contribué à la défaite du régime d’apartheid que chacun a célébré aux funérailles de Mandela. Il faut aussi se souvenir que les services de renseignements des États-Unis ont fourni l’information qui a conduit à l’emprisonnement de Mandela.

Dans la même lettre aux étudiants, Fidel fait pour la première fois référence au dégel des relations Cuba-États-Unis, selon l’appellation fréquente.

« Je ne fais pas confiance à la politique des États-Unis et je n’ai pas échangé un seul mot avec eux; cela ne signifie pas pour autant le rejet d’une solution pacifique aux conflits ou aux menaces de guerre. Défendre la paix est le devoir de tous. Toute solution pacifique et négociée des problèmes entre les États-Unis et les peuples ou n’importe quel peuple d’Amérique latine qui n’implique pas la force ou l’emploi de la force devra être traitée selon les principes et les normes internationales.

Nous défendrons toujours la coopération et l’amitié avec tous les peuples du monde et avec ceux de nos adversaires politiques. C’est ce que nous réclamons pour tous.

Le président de Cuba a entrepris les démarches qui correspondent à ses prérogatives et aux privilèges que lui concèdent l’Assemblée nationale et le Parti communiste de Cuba. »

Fidel est sorti de son anonymat comme s’il avait été terré dans les montagnes, pour lancer sa toute première salve contre les illusions à propos de l’impérialisme américain. Elle est toutefois associée au désir manifeste de trouver une solution pacifique aux décennies de conflits entre les deux voisins qu’il vaut la peine de répéter : « Je ne fais pas confiance à la politique des États-Unis et je n’ai pas échangé un seul mot avec eux; cela ne signifie pas pour autant le rejet d’une solution pacifique aux conflits ou aux menaces de guerre. »

Il y a un rapport dialectique entre d’une part sa méfiance envers l’impérialisme américain en ce qui concerne ses objectifs permanents à long terme et, d’autre part, la tentative de normaliser les relations entre les deux pays de manière pacifique comme le fait le gouvernement cubain. Fidel est un maître de la dialectique. Cette approche quant à l’évolution actuelle des liens entre les États-Unis et Cuba est vigoureusement exprimée dans tous ses textes. C’est une approche critique, car il serait désastreux de mettre en évidence de manière éclectique, les relations diplomatiques pacifiques au détriment d’une nécessaire lutte idéologique et politique constante contre l’oligarchie des États-Unis et ses médias. Depuis 1959, l’opposition de Fidel et de la Révolution cubaine envers les États-Unis a toujours été dirigée contre son oligarchie dominante et jamais contre le peuple américain pour qui l’Île fait preuve d’un immense respect et de solidarité.

Le second texte est paru le 8 mai 2015, pour célébrer le 70e anniversaire de la Grande Guerre patriotique menée par l’URSS contre le fascisme durant la Seconde Guerre mondiale. Au moment où les États-Unis et leurs alliés espéraient refroidir l’ardeur de la base idéologique de la Révolution cubaine, comme facteur essentiel pour s’ingérer dans la culture socialiste de Cuba, Fidel est passé à l’attaque de l’adversaire sans même mentionner les États-Unis. Il l’a fait à au moins deux occasions. Il a d’abord rappelé que « Lénine fut un génial stratège révolutionnaire qui n’hésita pas à assumer les idées de Marx et à les mettre en pratique. » Fidel a poursuivi en mentionnant que :

« Les 27 millions de Soviétiques, morts durant la Grande Guerre patriotique, ont aussi donné leur vie pour l’humanité et pour le droit de penser et d’être socialistes, marxistes-léninistes, communistes, et pour sortir du Moyen Âge ».

Cuba est aussi entièrement justifié de continuer de penser et d’être marxiste-léniniste, d’où le titre de cette réflexion « Notre droit d’être marxistes-léninistes » comme rempart idéologique aux incursions de Washington.

Il a également tiré un autre boulet en soulignant une alliance internationale en formation. Cette tendance est une épine au pied pour les États-Unis. C’est toutefois très précieux pour Cuba qui développe ses liens politiques et économiques avec cette évolution au cœur d’un monde multipolaire. À ce propos, Fidel écrit :

« Aujourd’hui, nous sommes témoins de l’alliance solide entre les peuples de la Fédération de Russie et le pays dont la croissance économique est la plus rapide au monde : la République populaire de Chine. Grâce à leur étroite coopération, à leur développement scientifique moderne, à leur puissante armée et à leurs valeureux soldats, ces deux pays constituent un puissant bouclier pour assurer la paix et la sécurité mondiales, et préserver la vie de notre espèce. »

Dans le troisième texte publié le 13 août 2015, après l’anniversaire de l’explosion des bombes atomiques sur Hiroshima et Nagasaki, Fidel a rédigé sa réflexion intitulée « La réalité et les rêves » :

« Lorsque ces bombes ont été larguées, après l’attaque de la base américaine de Pearl Harbor, l’empire japonais était déjà vaincu. Les États-Unis, dont le territoire et les industries avaient été épargnés par la guerre, sont devenus le pays le plus riche et le mieux armé de la planète dans un monde déchiré, regorgeant de morts, de blessés et d’affamés. »

Au moment où la population mondiale commémorait ce mois-ci ces horribles évènements, rappelons-nous la visite d’Obama à Hiroshima cette année. Il a feint de la sympathie pour les victimes, leur famille et la population en affirmant sans aucune honte que « la mort était tombée du ciel ». Il a occulté la cruelle réalité des bombes américaines qui ont frappé le Japon et les circonstances de l’attaque sur lesquelles Fidel a attiré l’attention. De plus, l’Administration Obama a entrepris une modernisation de l’arsenal nucléaire américain au coût d’un billion de dollars. Indépendamment du nouveau visage de l’impérialisme qui reflète la personnalité trompeuse d’Obama, l’impérialisme demeure l’impérialisme dans ses objectifs de domination du monde par tous les moyens nécessaires. Les négociations cubano-américaines ont eu lieu dans ce contexte.

Le quatrième texte prend la forme d’une lettre adressée au président Nicolás Maduro, le 10 décembre 2015, après que la Révolution bolivarienne eut perdu les élections législatives aux mains des forces proaméricaines au Venezuela. Sitôt après avoir félicité Maduro pour son courageux discours, dès que le résultat des élections a été rendu public, la plume du guérillero a surgi des montagnes pour engager le combat contre l’agression culturelle des États-Unis. Il écrivait, entre autres :

« Dans l’histoire du monde, le plus haut degré de gloire politique que pouvait atteindre un révolutionnaire revient à l’illustre combattant vénézuélien et libérateur de l’Amérique, Simon Bolivar, dont le nom n’appartient plus seulement à ce pays frère, mais à tous les peuples de l’Amérique latine… Les révolutionnaires cubains – à quelques kilomètres de distance des États-Unis, qui ont toujours rêvé de s’emparer de Cuba pour en faire un casino-bordel hybride à offrir comme mode de vie pour les enfants de José Marti – ne renonceront jamais à leur pleine indépendance et au total respect de leur dignité. »

Nous abordons le cinquième texte, celui du 27 mars 2016, la réflexion au « Frère Obama » rédigée peu après la visite du président américain à La Havane. C’est celle-là même qui provoqué l’étincelle dans ma tête et dans mon cœur, ces images emblématiques de Fidel dans la Sierra Maestra, son fusil en bretelle décontractée sur l’épaule. Sur ces photos, son regard est souvent tourné vers le ciel, le regard perçant au-dessus de la brousse et des montagnes, comme s’il affichait une confiance en l’issue de la révolution en dépit des conditions défavorables.

Sa salve d’ouverture dans cette réflexion, en fait, sa toute première phrase, a immédiatement ramené à la réalité. Son ironique « Frère Obama » semblait contenir en deux mots la nécessité d’envisager dialectiquement d’une part, l’obligation de ne jamais baisser la garde quant à l’impérialisme américain et, d’autre part, le besoin d’établir des relations diplomatiques pacifiques comme il le disait dans son tout premier texte après le 17 décembre 2014. Après tout, Obama avait eu le mérite de poser le geste courageux d’aller à Cuba à la suite du rétablissement des relations diplomatiques, après plus de cinq décennies d’hostilités ouvertes. Sa réflexion, qui selon moi est l’une des plus importantes qu’il a écrites depuis le début de sa retraite officielle commençait ainsi :

« Les rois d’Espagne nous ont amené les conquistadors et les propriétaires terriens, dont les traces demeurent empreintes dans les parcelles de terre circulaires assignées aux chercheurs d’or dans les sables des rivières, une forme d’exploitation abusive et honteuse, dont les vestiges apparaissent encore du haut des airs dans de nombreux endroits du pays. »

Il passe ensuite à l’offensive, comme s’il imaginait son adversaire blessé, et continue en évoquant l’exemple de José Martí :

« Je me demande même s’il [José Martí] aurait dû mourir ou pas à Dos Rios, lorsqu’il a dit : “Pour moi, le temps est venu.”, et qu’il chargea les forces espagnoles retranchées derrière une puissante ligne de feu. Il ne voulait pas retourner aux États-Unis et personne n’aurait pu l’y obliger. “Quiconque tentera de s’emparer de Cuba ne recueillera que la poussière de son sol baigné de sang, s’il ne périt pas dans la bataille!”, s’était écrié l’illustre leader noir, Antonio Maceo. »

Il aborde un autre aspect, peut-être le plus irréfutable, de la façon suivante : « Obama est né en août 1961, comme il l’a lui-même précisé. Plus d’un demi-siècle s’est écoulé depuis ce temps. »

Il rédige ensuite un important passage qu’il vaut la peine de citer en entier :

« Voyons cependant comment pense aujourd’hui notre illustre visiteur :

“Je suis venu pour enterrer les derniers vestiges de la guerre froide dans les Amériques. Je suis venu tendre la main de l’amitié au peuple cubain”, suivi d’un flot de concepts complètement nouveaux pour la plupart d’entre nous :

“Vous, comme nous, vivons dans un nouveau monde colonisé par les Européens.”, devait ajouter le président des États-Unis. “Cuba, à l’instar des États-Unis, a été construite en partie par les esclaves ramenés d’Afrique. Comme les États-Unis, le peuple cubain a un héritage d’esclaves et d’esclavagistes.”

Les populations autochtones n’existent en rien dans l’esprit d’Obama. Il ne dit pas non plus que la discrimination raciale fut balayée par la Révolution; que les retraites et les salaires pour tous les Cubains furent décrétés par cette même Révolution avant que M. Barack Obama lui-même n’ait fêté ses dix ans. L’odieuse pratique bourgeoise et raciste d’engager des sbires pour expulser les citoyens noirs des centres de loisirs fut balayée par la Révolution cubaine. Cette Révolution passera à l’Histoire pour la bataille qu’elle a livrée en Angola contre l’apartheid, en mettant fin à la présence d’armes nucléaires sur un continent de plus d’un milliard d’habitants. Pourtant, notre solidarité avait pour seul but d’aider les peuples d’Angola, du Mozambique, de Guinée-Bissau et d’autres aux prises avec la domination coloniale fasciste du Portugal.

En 1961, à peine un an et trois mois après le triomphe de la Révolution, une force mercenaire accompagnée d’artillerie blindée et d’infanterie appuyée par l’aviation, entraînée par la marine de guerre américaine et escortée par des porte-avions, lança une attaque-surprise contre notre pays. Rien ne pourra justifier cette traîtresse attaque qui coûta à notre pays des centaines de pertes, de morts et de blessés. Quant à cette brigade d’assaut proyankee, il n’est établi nulle part qu’un seul mercenaire aurait pu être évacué. Des avions de combat yankees furent présentés aux Nations Unies comme appartenant à des forces cubaines insurrectionnelles. »

Ce que mes collègues cubains et moi-même considérons comme la guerre idéologique, politique et culturelle des États-Unis contre Cuba revêt plusieurs aspects essentiels. Je crois que Fidel a touché l’un des plus importants, ou à tout le moins le fondement de tous les autres aspects, à savoir une histoire du pays. Il écrit :

« Obama a prononcé un discours où il utilise des mots doucereux pour dire : “Il est temps d’oublier le passé, laissons le passé derrière nous; regardons ensemble vers l’avenir, vers un avenir d’espoir. Et ce ne sera pas facile; il y aura des défis et il faudra leur laisser le temps. Mais mon séjour ici me remplit d’espoir en ce que nous pouvons faire ensemble comme amis, comme famille, comme voisins; ensemble.”

Je suppose que nous avons tous frôlé l’infarctus en entendant ces paroles du président des États-Unis. Après un impitoyable blocus qui dure depuis près de 60 ans… et tous les morts victimes des attaques mercenaires contre des bateaux et des ports cubains… un avion de ligne rempli de passagers qui a explosé en plein vol, des invasions mercenaires, et les nombreux actes de violence et de coercition…

Que personne ne se fasse d’illusions sur le fait que le peuple de ce noble et désintéressé pays puisse renoncer à la gloire, à la légitimité et à la richesse spirituelle acquises par le développement de l’éducation, la science et la culture. »

Il réitère la double notion de vigilance envers les objectifs des milieux décisionnels des États-Unis tels que formulés précédemment, et la nécessité de poursuivre les négociations de la manière suivante : « Nos efforts seront légaux et pacifiques, parce que tel est notre engagement envers la paix et la fraternité pour tous les êtres humains qui vivent sur cette planète. »

Il a de plus le dernier mot quand il conclut :

« Je signale en outre que nous sommes capables de produire des aliments et les richesses matérielles dont nous avons besoin grâce aux efforts et à l’intelligence de notre peuple. Nous n’avons pas besoin que l’empire nous fasse quelque cadeau que ce soit. »

La déclaration de Fidel qui dit : « nous n’avons pas besoin que l’empire nous fasse quelque cadeau que ce soit » est contraire à l’interprétation hâtive fournie par de nombreux médias de l’establishment étranger, à savoir qu’il était ingrat et faisait barrage à ce qu’ils considéraient comme une politique américaine bienveillante envers Cuba. Sa phrase percutante est en fait un oui à la négociation, mais un non catégorique à l’aumône.

Pour ceux intéressés par le texte intégral du « Frère Obama », il est offert en ligne dans plusieurs langues.

Le sixième et dernier texte analysé est son discours prononcé à la clôture du 7e Congrès du Parti communiste de Cuba, le 19 avril 2016. Cette apparition constitue un autre geste héroïque de la part du combattant guérillero, celui de se présenter sur la scène de l’immense Palais des congrès devant un auditoire de plus de 1 000 personnes, en dépit de son évidente fragilité physique. Son intelligence était cependant toujours aussi vive. Il a félicité tous les délégués du Parti communiste « et en premier lieu, le camarade Raúl Castro pour son magnifique effort. » La déclaration qui a fait la plus forte impression est peut-être la suivante : « À nos frères de l’Amérique latine et d’ailleurs dans le monde, nous devons faire savoir que le peuple cubain vaincra. » Ce mémorable discours aura bientôt pour titre « Le peuple cubain vaincra ». Ils serviront de principale bannière à la Marche du 1er mai à La Havane, moins de deux semaines plus tard. La vaste majorité des Cubains ne l’oublieront jamais, car ils signifient clairement que les États-Unis ne doivent pas entretenir d’illusions quant à la détermination du peuple cubain à poursuivre la voie du socialisme, de l’indépendance et de la dignité.

Pour conclure, ces enseignements de 2015 et 2016 se prolongent au-delà de cette période. La pensée dialectique de Fidel sur les tactiques et les objectifs en regard des relations cubano-américaines et son généreux courage exemplaire sont nécessaires comme guide pour les années à venir, au siècle présent. Dans les prochaines décennies, il y aura Cuba luttant pour perfectionner et défendre son socialisme et son indépendance. Évidemment, Cuba sera toujours dans les Caraïbes. Il y aura aussi les États-Unis. Ce pays et son territoire ne changeront pas non plus de lieu géographique. De ce fait, Cuba et les États-Unis sont liés pour toujours, géographiquement et historiquement, et continueront de l’être. L’évolution des relations entre les deux pays présentera nécessairement à Cuba des défis à relever au cours de ce siècle, alors qu’elle cherchera à remporter davantage de victoires. Dans ce contexte, et en regard du futur, l’œuvre de l’intemporel guérillero Fidel Castro est un guide indispensable.

(Présentation d’Arnold August au panel « En hommage à Fidel Castro pour ses 90 ans » Forum social mondial Montréal 2016, 12 août 2016)

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