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Ignacio Ramonet : “Le pouvoir médiatique est l’appareil idéologique de la mondialisation”

Rebeca Fernández

Traducido por  Thierry Pignolet

(Tlaxcala)

L'écrivain et journaliste Ignacio Ramonet dans le Parc de la Retaite à Madrid. Foto Graciela del Río

L'écrivain et journaliste Ignacio Ramonet dans le Parc de la Retaite à Madrid. Foto Graciela del Río

Comment les réseaux sociaux affectent-ils le journalisme? Sont-ils en train de le remplacer?

Oui. Un exemple est la Syrie. Le gouvernement ne permet pas la présence de journalistes étrangers, et toute l’information que nous recevons provient de participants aux manifestations. Mais nous nous rendons compte également de ce que ces informations qui nous parviennent ne sont pas fiables. Dans certains cas, cela se substitue aux journalistes, et dans d’autres, cela les complète.

Le fait qu’il y ait des nouvelles qui ne soient pas fiables rend le travail du journaliste indispensable.

Bien sûr. Si le journaliste est un bon professionnel, il est toujours indispensable. Mais les rédactions ne disposent pas toujours de spécialistes, et on a tendance à couvrir le thème avec ce qu’on a.

Cette tendance est-elle due à la crise économique, ou bien à la crise du modèle des médias eux-mêmes ?

Aux deux. La crise économique fait que tous les médias, et en particulier au niveau de la presse payante, n’ont pas les moyens financiers pour envoyer une équipe ou avoir des correspondants. Et pourtant, ils vont bien utiliser l’information bon marché qu’ils vont récupérer chez des témoins locaux -qui n’est pas fiable. Ils contribuent de cette manière à dégrader la situation du journalisme.

Quelle est la cause fondamentale de la crise d’identité du journalisme?

La cause technique de ce qui est train de se passer est l’arrivée d’Internet. D’abord par le fait qu’il offre une quantité colossale d’informations et, deuxièmement, parce qu’il offre également la possibilité de voler au citoyen le temps dont il ne disposera plus par la suite pour lire un journal ou regarder un journal télévisé.

Même ainsi vous avez confiance en la survivance des médias traditionnels.

Oui, le journalisme ne va pas disparaître. Notre époque a besoin plus que jamais du journalisme, car nous vivons dans ce que j’appelle l’insécurité informationnelle, c’est-à-dire qu’aujourd’hui nous n’avons plus de sécurité dans l’information, et nous avons besoin que la presse nous sorte de cet état de non-information.

La surabondance d’informations est-elle un nouveau type de censure?

En effet. D’abord, la surabondance fait que le citoyen se trouve étourdi. De plus, les informations se multiplient en chœur, tous les médias parlent de la même chose en même temps. Les citoyens reçoivent cela comme un choc et ils ne savent pas bien distinguer quel est son sens. La deuxième chose, c’est qu’en même temps que je consomme cette information, la question que je dois me poser comme citoyen est : quelle est l’information qui ne me parvient pas ? En réalité la surabondance est une apparence, il y a beaucoup de dissimulation. Par exemple, aujourd’hui on croit que les médias sont plus libres qu’avant parce qu’ils attaquent les politiciens. C’est vrai, mais cela ne veut pas dire que notre champ de liberté se soit élargi, cela veut dire que le pouvoir des politiciens a diminué. Mais le pouvoir médiatique n’attaque pas les véritables maîtres du monde d’aujourd’hui, le pouvoir financier. Et le pouvoir qui l’accompagne est celui des médias. Il est l’appareil idéologique de la mondialisation.

Pourquoi considérez-vous comme nécessaire la naissance d’un cinquième pouvoir qui surveille le journalisme?

Les médias sont l’unique pouvoir en démocratie qui n’a pas de contre-pouvoir. Une démocratie, pour pouvoir fonctionner, a besoin d’un bon journalisme.

Vous avez dit que Wikileaks a démontré qu’il y a quelque chose qui ne fonctionne pas dans le journalisme. Qu’est-ce?

Le journalisme d’investigation.

Et de quoi a besoin en plus cette profession?

Elle a besoin d’une autonomie financière. Un média qui dépend du pouvoir de l’argent va avoir des problèmes. En deuxième lieu, le journaliste doit se rappeler les principes de base de la profession, qui sont de donner de l’information – et pas nécessairement la même que celle donnée par les autres médias le même jour. On peut faire ce qu’on appelle une contre-programmation. Et, en troisième lieu, donner une information fiable, parce que la crédibilité est une dimension fondamentale. Mais on ne peut faire cela aujourd’hui si on est pris dans une course contre la montre.

Mais vous envisagez le futur avec enthousiasme…

Absolument. Le journalisme est en crise, mais il l’a toujours été. Quelque chose d’extraordinairement fertile est en train de naître : le journalisme en ligne. De plus en plus de journaux vont apparaître. Le problème est qu’aucun média ne gagne de l’argent, au contraire : beaucoup en perdent. Et les nouveaux médias numériques n’ont pas non plus un modèle performant. Dès qu’on en trouvera un qui fonctionne, on entrera définitivement dans une nouvelle ère.

C’est une étape marquée par le rôle d’internet dans des événements tels que les révoltes du monde arabe.

Cela a été capital. Facebook et Twitter ont permis que des gens qui ne connaissaient pas puissent s’organiser.

Et que pensez-vous du mouvement du 15 mai en Espagne?

C’est la meilleure chose qui ait pu arriver dans ce pays, ce qui montre qu’une génération destinée à être perdue refuse d’aller au sacrifice en courbant l’échine. Cette génération propose avec beaucoup d’idéalisme et d’imagination une série de solutions que, dans une certaine mesure évidemment, le gouvernement devrait écouter – au lieu d’écouter les banquiers, le FMI ou la Banque Centrale. Le gouvernement doit décider: soit on sacrifie une génération, soit on sacrifie l’euro. Et moi, je dis : sacrifions l’euro ou l’Union européenne – mais pas une génération. Comment va-t-on aller au sacrifice sans avoir la certitude qu’on ne va pas à la catastrophe ? Rien ne garantit que l’Espagne, demain, ne sera pas dans la situation que la Grèce va connaître dans quelques mois -c’est-à-dire la restructuration de sa dette.

3 Comentarios

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  1. Mario Rivas Espejo / LasLasNuevasTécnologiasdelaDesinformacion(NTD)

    Yo estoy de acuerdo con mi colega; Pero quiero ir mas alla! Yo ytrabaje mucho sobre el tema hasta tal punto que les anuncio el titulo des este comentario. Despues de wikileaks se descubrio una parte del asunto y no todo! Todavia hay cosas que no se saben; y sepa Dios si se van a saber. Las Agen,cia de Natacion estan destruyendo a Europa, a una parte de América Latina a los Estados Unidos y tambien a Cuba!!!Desinformar es una verdadera profesion! Hay peliculas sobre Guantanamo! y yo me pregunto por que no lo devuenven!!! Asi va el mundo: Donde va Vicente no parece ir la gente; Los “medios” hacen lo que quieran con medios ; es decir dinero! Los ejemplos son miles de miles y los que sabemos algo nos damos cuenta de que estamos “manipuleados” Mi segundo hijo Alexandre Rivas de 19 anos me comenta todo el tiempo: hasta cuando? El problema es que el “simple ser de la calle” y poco culto cree casi todo! Esto es un serio problema!Entonces hay que de denunciar, actuar y desarrollar la cultura . No se trata solo de indignarse!
    Hasta Pronto!
    Mario Rivas Espejo, en colaboracion con Alexandre Rivas

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  2. Mario Rivas Espejo / ElDomino?

    Acaban de desgradar a Italia, manana va a ser Espana….La teoria del domino!

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  3. Mario Rivas Espejo / DialogosconAlexandreRivas

    SIGUE LA MAGIA MENTIROSA!
    Por Mario Rivas Espejo y Alexandre Rivas.

    Los predadoresdel cielo y de la tierra salen constantemente del infierno y te toman a la humanidad por asalto! Parece un delirio de repeticion, pero es la veradad! Como desenmascararlos? Este es uno de los posibles medios y no todos! Las calles estan sucias en Europa, la gente decidio dormir en ellas para protestar contra el sistéma….Sin embargo, la izquierda da un ejemplo de démocracia en Francia!
    2.5 millones de electores en las primarias socialistas!!! Una buena cachetada, o “galleta” al Gobierno!
    de Sarkozy! En Chile se demuestra que indignarse es un estado de animo y la gente actua en serio!
    Los estudintes piden una educacion gratuita en un pais rico que crece mas de 6% al ano! es el colmo no darsela! El otro dia en Espana vimos unos ninos pobres mendigando! Mi hijo Alexandre le dio una moneda! Como decirle que uno lo quiere a un nino desamparado cuando en el fondo lo ama en silencio!! ” Te querre siempre por que me has dado carino, te querre siempre por que me has dado amor, por que estaras siempre en el nido de mi corazon”Que cantas papa? me pregunto Alexandre!” Nada Alexandre! Momentos bonitos del pasado” Las nuevas Tecnomogoas de la Desinformacion (NTD ) siguen intentando manipular, incluso despues del “Asunto Wikileaks”
    La gente les cree cada dia menos y pasa al acto!

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