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Israël ne veut pas d’un État palestinien. Point.

Gideon Levy

(Tlaxcala)

"Proposition d'Etat palestinien", par Carlos Latuff

Que dirons-nous au monde la semaine prochaine, à l’ONU ? Que pourrions-nous dire ? Que ce soit à l’Assemblée générale ou au Conseil de sécurité, nous montrerons à tous notre nudité : Israël ne veut pas d’un État palestinien. Un point, c’est tout. Et il n’y a pas un seul argument convaincant contre l’établissement et la reconnaissance internationale d’un tel État.

Alors, que dirons-nous, que nous y sommes opposés ? Quatre premiers ministres, dont Benjamin Netanyahu, ont dit qu’ils sont en faveur, qu’elle doit être accomplie par des négociations, alors pourquoi ne l’avons-nous pas encore fait ? C’est notre argument selon lequel nous nous y opposons parce c’est une mesure unilatérale ? Quoi de plus unilatéral que les colonies dont nous continuons les constructions ? Ou peut-être dirons-nous que la voie vers un État palestinien passe par Ramallah et Jérusalem, et non pas par New York, chez la secrétaire d’État américaine. L’État d’Israël lui-même a été créé, en partie, au sein des Nations Unies.
La semaine prochaine sera pour d’Israël un moment de vérité, ou plus précisément le moment où son mensonge sera révélé. Que ce soit le président, le Premier ministre ou l’ambassadeur à l’ONU, même le plus grand des orateurs publics sera incapable de se défendre devant les représentants des Nations du monde et d’expliquer la logique israélienne, aucun des trois ne sera en mesure de les convaincre que la position d’Israël n’aucun mérite.
Il y a trente-deux ans, Israël a signé un accord de paix avec l’Égypte dans lequel il s’est engagé «à reconnaître les droits légitimes du peuple palestinien» et à établir une autorité autonome en Cisjordanie et à Gaza dans les cinq ans. Rien ne s’est passé.
Il y a dix-huit ans, le Premier ministre d’Israël a signé les Accords d’Oslo, dans lesquels Israël a entrepris de mener des pourparlers afin de parvenir à un accord sur le statut final avec les Palestiniens, y compris les questions fondamentales, dans les cinq ans. Cela, aussi, n’a pas eu lieu. La plupart des dispositions de l’accord ont échoué depuis lors – dans la majorité des cas à cause d’Israël. Qui sera l’avocat d’Israël à l’ONU à ce sujet ?

Pendant des années, Israël a déclamé que Yasser Arafat était le seul obstacle à la paix avec les Palestiniens. Arafat est mort – et encore une fois de plus rien ne s’est passé. Israël a prétendu que si seulement la terreur s’arrêtait, une solution apparaîtrait. La terreur s’est arrêtée – et rien. Les excuses d’Israël sont devenues de plus en plus vides de sens et la vérité nue de plus en plus exposée. Israël ne veut pas atteindre un accord de paix qui impliquerait la création d’un État palestinien. Cela ne peut plus être résolu à l’ONU. Et qu’attend Israël des Palestiniens dans ce cas-là – une autre série de séances de photos, comme celles avec Ehud Barak, Ehoud Olmert et Tzipi Livni qui n’avaient conduit nulle part ?
La vérité est que les Palestiniens n’ont que trois options, pas quatre : se rendre sans condition et continuer à vivre sous l’occupation israélienne pour encore 42 ans au moins ; lancer une troisième intifada, ou mobiliser le monde en leur nom. Ils ont choisi la troisième option, le moindre de tous les maux, même du point de vue d’Israël. Que peut dire Israël à ce sujet – que c’est une mesure unilatérale, comme il le dit avec les USA? Mais il n’était pas d’accord pour arrêter la construction dans les colonies, la mère de toutes les mesures unilatérales. Qu’est-ce qui reste aux Palestiniens ? L’arène internationale. Et si cela ne les sauve pas, alors un autre soulèvement populaire dans les territoires.
Les Palestiniens en Cisjordanie, 3,5 millions aujourd’hui, ne pourront pas vivre sans droits civiques pour 42 ans encore. Nous pourrions aussi bien nous habituer au fait que le monde n’en restera pas là. Netanyahou ou Shimon Peres peuvent-ils expliquer pourquoi les Palestiniens ne méritent pas leur propre État ? Ont-ils même le moindre argument ? Rien. Et pourquoi pas maintenant ? Nous avons déjà vu, surtout ces derniers temps, le temps ne réduit que les alternatives possibles dans la région. Ainsi, même cette faible excuse est morte née.
Hier, une coalition d’organisations pacifistes israéliennes a publié une liste de 50 raisons expliquant pourquoi Israël doit soutenir un État palestinien. En supposant que vous n’acceptions que cinq d’entre elles, n’est-ce pas suffisant ? Quelle est exactement l’alternative, maintenant que les cieux se referment autour de nous ? Quelqu’un peut-il, Peres ou Netanyahu peuvent-ils sérieusement soutenir que l’hostilité envers nous dans la région n’aurait pas diminué si l’occupation avait déjà pris fin et un État palestinien établi ?
Les vérités sont si fondamentales, si banales, que ça fait mal, ne serait-ce que de les répéter. Mais, malheureusement, elles sont les seules dont nous disposons. Et donc, une simple question à tous ceux qui nous représenteront à l’ONU la semaine prochaine : Pourquoi pas, pour l’amour du ciel ? Pourquoi le «non» une fois de plus ? Et à quoi dirons-nous “oui” ?

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