Actualité »

Nous apprendre à lui succéder avec dignité : le plus grand héritage de Fidel

niños FidelDès 1961, Fidel a évoqué sa confiance dans la jeunesse, et en portant un regard rétrospectif, il est clair que les nouvelles générations auxquelles il s’adressait à l’époque furent vraiment dignes de sa confiance

« CES gens-là attendent un phénomène naturel et absolument logique : un décès. En l’occurrence, ils me font l’honneur considérable de penser à moi. Cela serait-il un aveu de ce qu’ils n’ont pas pu faire pendant si longtemps ? Si j’étais vaniteux, je pourrais être fier que ces sinistres individus soient obligés d’avouer qu’ils doivent attendre ma mort. Et c’est le moment. »

Telle était la mise en garde lancée par Fidel, le 17 novembre 2005, dans son discours historique prononcé au Grand Amphithéâtre de l’Université de La Havane, à l’occasion du 60e anniversaire de son entrée dans cette École de hautes études.

Il s’était souvent adressé aux jeunes, mais peut-être n’avait-il jamais exposé avec autant de sincérité et de transparence deux réalités qui touchèrent inévitablement le cœur de tout le peuple. La première : que par la loi irrévocable de la vie il cesserait un jour d’exister physiquement, la seconde : « Ce pays-ci peut s’autodétruire ; cette Révolution peut se détruire. Ceux qui ne peuvent pas la détruire, ce sont eux ; nous, en revanche, nous pouvons le faire, et ce serait notre faute. »

Il se pourrait que, en ces moments historiques que nous vivons aujourd’hui, et après avoir subi le choc irréversible de son absence, le message que le Commandant nous a légué à l’époque soit plus compréhensible. Cependant, à ce moment-là, il nous a confrontés à une réalité qui, je l’affirme sans crainte et avec certitude, invitait tous les révolutionnaires à la réflexion, y compris ceux d’entre nous qui, comme moi, n’avaient que 15 ans à l’époque. Fidel, sans aucun doute, nous appelait indubitablement à « assurer la continuité ».

Non pas qu’il ne l’ait pas fait auparavant, car dès le début de la lutte dans la Sierra Maestra et durant les premières années de la Révolution au pouvoir, il avait toujours clairement affirmé que le projet social qui s’amorçait n’était pas limité à sa personne, pas même à la Génération du Centenaire, mais à quelque chose de bien plus puissant : le Peuple. Mais ce jour-là, il nous a confrontés à la possibilité que notre système social soit réversible, non pas parce que nos ennemis avaient les armes pour y parvenir, mais uniquement dans le cas où l’engagement réel des Cubains envers cette œuvre venait à s’effondrer.

Aujourd’hui que j’ai acquis un peu plus de maturité politique, je fais une autre lecture de ses paroles, et, en revisitant chacun des moments culminants de l’histoire révolutionnaire dont il a été le grand protagoniste, je réalise que même sous sa tutelle, que même avec son accompagnement indispensable, Fidel nous a appris à marcher, et dans chacun de ses actes, il y a toujours eu un principe pédagogique : nous fournir les outils, les valeurs, voire la plateforme idéologique pour comprendre que nous ne pouvions pas nous passer de quiconque sur la voie de la construction du socialisme, que nous devions lui succéder en misant sur notre plus grande force, l’unité ; et comprendre le processus de construction d’une société prospère et durable comme un processus qui va bien au-delà des frontières de la sphère individuelle.

En étudiant ses discours, en relisant les phrases qu’il a adressées aux masses, on ne peut que s’étonner. Il y a en elles une telle vision de l’avenir, une compréhension tellement inimaginable des défis à venir que, comme cela se passe avec notre Héros national José Marti, nous pourrons nous ressourcer dans la pensée fidéliste, maintenant ou dans cent ans, et il y aura toujours dans ses paroles un enseignement applicable au présent.

« Il est encourageant de savoir que des milliers et des milliers de jeunes, et que des dizaines de milliers de jeunes dotés d’une mentalité révolutionnaire, d’une formation de plus en plus élevée, se joignent aux travaux du peuple, se joignent aux efforts du peuple. Nous voyons un nouveau peuple émerger de notre jeunesse. Et nous sommes en droit de nous sentir confiants. » (8 novembre 1961)

Dès 1961, il parlait déjà de sa confiance dans la jeunesse, et en portant un regard rétrospectif sur ce jour-là, 57 ans plus tard, il est clair que les nouvelles générations auxquelles il s’adressait à l’époque furent vraiment dignes de sa confiance et, comme il l’avait prédit, elles ne l’ont jamais déçu. Pas plus que les enfants et les petits-enfants de cette jeunesse passionnée, puisque notre pays a accompli quelque chose peut-être sans précédent, faire de la Révolution un héritage de famille, un bien précieux qui est offert au même titre que l’héritage le plus authentique des ancêtres. C’est pourquoi les révolutionnaires ne meurent pas en laissant derrière eux un chemin tronqué, parce qu’ils coexistent avec les générations montantes et les éduquent dans ces principes.

« … la Révolution a fait que le jeune soit quelque chose, et quelque chose d’extrêmement important, dans la société, quelque chose d’extraordinairement apprécié dans la société. La Révolution a fait que les enfants et les jeunes soit quasiment sa raison d’être, sa raison d’être, parce qu’ils constituent l’objectif de la Révolution, les continuateurs de la Révolution. » (4 avril 1972)

Fidel n’a jamais douté de la capacité de renouvellement du processus social cubain. Il était sûr que les temps difficiles pouvaient confondre beaucoup de gens, et il n’était pas aveugle au fait que le harcèlement constant de nos ennemis allait semer les graines de la déception et du discrédit chez certains enfants de la Révolution. Mais il a toujours eu confiance, parce qu’il savait que l’impact de cette œuvre sans précédent sur la dignité des gens, sur leur valorisation, sur l’esprit d’amour patriotique, était beaucoup plus puissant que les mensonges distillés, et il l’a fait savoir à maintes reprises, comme le 26 juillet 1998.

« Ne vous laissez abuser par rien, ne vous laissez jamais tromper par personne. C’est notre espoir : que ce pays ne recule jamais ; que cette Révolution ne recule jamais, que toute la dignité et la gloire que nous avons construites ne puissent jamais être détruites. »

Ces paroles, après avoir survécu aux années les plus dures de la période spéciale, après avoir mis à l’épreuve, comme jamais auparavant depuis 1959, la capacité de résistance du peuple cubain – une fois de plus adressées à la jeunesse –, n’étaient rien d’autre qu’une confirmation que nous pouvions continuer d’aller de l’avant, toujours de l’avant. Malgré toutes les prévisions pessimistes et alarmistes et les oiseaux de proie tournoyant au-dessus de nos têtes, nous avions réussi à sortir de l’impasse. Quelques années plus tard, dans ses entretiens avec Ignacio Ramonet, il devait signaler : « …j’ai développé et éduqué une société entière [....] et ensuite nous verrons ce qu’elle donne. Ce sont les huit millions qui, après la première année de la période spéciale, ont souscrit à : “Je suis socialiste”. »

Beaucoup se demandent peut-être encore comment nous y sommes parvenus, et je pense que c’était pour une raison essentielle : nous étions conscients de ce que nous allions perdre. L’expérience douloureuse d’un passé d’humiliation était plus que suffisante pour savoir que l’option de capitulation ne faisait pas partie de notre stratégie de survie. C’est ainsi que les vautours sont restés une fois de plus sur leur faim, sans pouvoir savourer leur mets tant convoités et, malencontreusement, le 31 juillet 2006, ils se sont une nouvelle fois invités à la table.

« Je n’ai pas le moindre doute que notre peuple et notre révolution lutteront jusqu’à leur dernière goutte de sang pour défendre ces idées et ces mesures qui seraient nécessaires pour sauvegarder notre processus historique. »

« L’impérialisme ne pourra jamais écraser Cuba ! »

Il serait insensé de nier la crainte qui nous a envahis en entendant sa proclamation, le profond sentiment d’inquiétude et l’incommensurable preuve de loyauté à laquelle nous étions appelés. Mais, comme tant de fois auparavant, les tristes ennemis de la Patrie se sont mépris sur les sentiments des Cubains. Nous nous faisions du souci pour lui, pour sa santé, pour sa vie, mais cette crainte n’a jamais eu comme base aucune faiblesse par rapport à nos convictions, il n’y a pas eu le moindre soupçon de fléchissement, ni le moindre sentiment que nous ne pouvions pas aller de l’avant.

Les années suivantes ont démontré la capacité de ce peuple à grandir, et avec l’aide de Raul, nous nous sommes engagés sur un chemin qui n’était pas dépourvu d’obstacles, mais nous avions la ferme volonté de les surmonter. Et Fidel a trouvé dans ses réflexions la façon de nous dire : Je suis là, je suis toujours avec vous !

Le 6e Congrès du Parti, la 1ère Conférence de cette organisation dirigeante de la société cubaine et le 7e Congrès, sont venus ratifier la nécessité d’un indispensable processus de mise à jour de notre modèle économique, et du renforcement du rôle dirigeant du Parti face à cette réalité.

Et nous avons soumis à la consultation populaire la conceptualisation de notre système et le plan de développement du pays, et du travailleur le plus humble à l’universitaire le plus prestigieux, le peuple a fait entendre sa voix en faveur de la poursuite d’une construction collective de la société.

Et dans ce contexte, nous avons été surpris par ses adieux. Des adieux auxquels nous ne serions jamais préparés et qui ont transpercé notre corps et notre âme comme seule la perte d’un père est capable de le faire. « Le moment est venu ! », se sont exclamés les détracteurs et ennemis de la Révolution, et, comme d’habitude, ils se sont trompés à nouveau. Mais, Fidel le savait déjà…

«…la Révolution n’est pas basée sur des idées caudillistes, ni sur le culte de la personnalité. Dans le socialisme, on ne peut pas concevoir un caudillo, on ne peut pas non plus concevoir un caudillo dans une société moderne, où les gens font les choses uniquement parce qu’ils ont une confiance aveugle dans le chef ou parce que le chef le leur demande. La Révolution est basée sur des principes. Et les idées que nous défendons sont, depuis longtemps déjà, les idées de tout le peuple. » (Fidel Castro : Biographie à deux voix)

La Révolution allait se poursuivre parce que nous, ses héritiers, étions là pour cela.

Depuis lors, chaque fois que se présente un moment important de réaffirmation révolutionnaire, nous ne pouvons pas nous empêcher de penser : « C’est la première fois sans la présence physique du Commandant ». Mais ceci, loin de nous décourager, est devenu une puissante motivation, dans l’hommage sensible que nous lui rendons chaque jour.

Et nous avons fourni la preuve la plus solide, la preuve la plus complète de soutien aux principes qu’il nous a inculqués lorsque, dans l’exercice de notre démocratie et comme expression de notre autodétermination en tant que pays, nous avons célébré un processus d’élections générales réussi, qui a même résisté aux forces de l’ouragan Irma.

Ce 19 avril, avec la constitution de l’Assemblée nationale du Pouvoir populaire, où des millions de Cubains sont représentés par de précieux compatriotes occupant des sièges au Parlement, nous avons donné une leçon au monde entier, une leçon très importante et durable : seuls les peuples sont maîtres de leur destin.

«Il ne faut pas mesurer nos élections en fonction du nombre de votes. Je les mesure par la profondeur des sentiments, par la chaleur humaine, je les vois depuis de nombreuses années. Je n’ai jamais vu les visages aussi remplis d’espoir, aussi remplis de fierté. » (Fidel Castro : Biographie à deux voix)

Lorsque la Génération du centenaire remettra les drapeaux du socialisme entre les mains de ceux qui seront fiers de les tenir bien haut, cette continuité à laquelle Fidel a consacré une grande partie de son énergie deviendra une réalité comme jamais auparavant.

Un avenir incertain, jamais. Rempli de défis et de nouvelles batailles, peut-être, mais toujours avec la certitude que seuls le socialisme et la Révolution peuvent apporter à ce peuple.

Nous avons choisi un chemin il y a 150 ans, et rien ni personne ne nous en écartera.

Nous voulons réaliser, comme Fidel, comme tous ceux qui l’ont soutenu et qui ne sont plus là, comme ceux qui se sont engagés dans la lutte avec lui et qui sont encore là pourront le dire, non sans fierté :

«…nous devons consacrer toutes nos énergies, tous nos efforts, tout notre temps à faire en sorte que des millions ou des centaines de millions ou des milliards de personnes puissent dire avec nous : Cal vaut la peine d’être nés ! Cela vaut la peine d’avoir vécu ! »

Sources : Fidel Castro : Biographie à deux voix, d’Ignacio Ramonet ; Fidel s’adresse à la jeunesse ; Discours prononcé par Fidel au Grand Amphithéâtre de l’Université de La Havane à l’occasion du 60e anniversaire de son entrée dans cette institution ; Proclamation de Fidel au peuple de Cuba, le 31 juillet 2006.

Sources : Fidel Castro : biographie à deux voix, d’Ignacio Ramonet ; Fidel s’adresse à la jeunesse; Discours prononcé par Fidel au Grand Amphithéâtre de l’Université de La Havane à l’occasion du 60e anniversaire de son entrée dans cette institution ; Proclamation de Fidel au peuple de Cuba, le 31 juillet 2006.

(Granma)

Deja un comentario

Tu dirección de correo electrónico no será publicada. Los campos necesarios están marcados *

*