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Playa Giron et le soulèvement au Guatemala

 

Playa Giron GuatemalaÀ l’aube du 13 novembre 1960, un groupe d’officiers de l’armée guatémaltèque se souleva contre le régime du général Miguel Ydigoras Fuentes, accusé de laxisme face à la corruption et l’ingérence étrangère.CINQ mois avant l’invasion de Playa Giron, le 13 novembre 1960, des pilotes cubains entraînés au Guatemala par des officiers nord-américains de la CIA, larguèrent des bombes sur des militaires guatémaltèques soulevés contre le gouvernement du général Miguel Ydigoras.

Ce soutien politique et militaire du gouvernement du président Dwight David (dit « Ike ») Eisenhower et de la CIA sauva le régime du tyran, qui avait autorisé l’entraînement sur son territoire – dans la ferme Helvetia, propriété de Roberto Alejos, le frère de l’ambassadeur guatémaltèque aux États-Unis –, des mercenaires chargés de perpétrer l’agression contre Cuba par la Baie des Cochons. Cette opération militaire se produisit effectivement le 16 avril 1961.

Le dédain et l’arrogance des officiers de la CIA et des agents cubains allaient provoquer un soulèvement militaire. Ce même dimanche, un groupe d’officiers s’emparèrent de la caserne de Matamoros. Les mutinés exigeaient le démantèlement de la base de Retalhuleu, dans le sud du pays, et ils se proposaient également de démettre de leurs fonctions les militaires complices du général Idagoras, qui avait remplacé Carlos Castillo de Armas, installé à la tête du pays en 1954 par une junte militaire à la suite de l’éviction du président élu Jacobo Arbenz, renversé par un coup d’État organisé par la CIA.

Castillo fut exécuté par un soldat dans l’enceinte du siège du gouvernement.

Parmi les honorables officiers et soldats mutinés en 1960 figuraient les lieutenants-colonels Ricardo Sesam Pereira et Augusto Vicente Loarca, considérés comme les meneurs du soulèvement ; le major José G. Chicas Lemus, le capitaine Arturo Chur del Cid etle sous-lieutenant Francisco Orellana. Les rebelles s’emparèrent de la caserne dans une opération qui coûta la vie au colonel Lizandro Ortiz et au capitaine Ernesto Juarez Maye. Une partie des défenseurs de la caserne rejoignit le mouvement, et une grande quantité d’armes fut confisquée. La troupe se dirigea ensuite vers Zacapa, où la majorité des officiers appuyait le soulèvement, dont les lieutenants Marco Antonio Yon Sosa, Luis Turcios Lima et Luis Trejo Esquivel.

À la nouvelle de l’insurrection, à trois heures du matin du 13 novembre 1960, la station de la CIA de Guatemala City envoya un message à J.C. King, chef de la Division de l’hémisphère occidental de l’agence, faisant état d’une attaque militaire lancée « par des forces non identifiées ». Un autre message urgent faisait allusion au ministre de la Défense, qui demandait des informations sur des navires s’apprêtant à lancer une attaque contre le Guatemala.

L’ANNULATION DE L’ENTRAÎNEMENT DE CUBAINS EST ENVISAGÉE

Peu après, la station de la CIA dans la capitale guatémaltèque recommande d’envisager la possibilité d’annuler la mission GS-46-007 (de la ferme Hevetia), précisant que tout est prêt pour lancer une opération pour réprimer le soulèvement avec le personnel nord-américain et les Cubains qui avaient été recrutés aux États-Unis pour attaquer Cuba.

La CIA signale par ailleurs que des instructions ont été données pour envoyer des troupes vers la capitale, ainsi que des avions C-46 et des bombardiers B-26 demandés par le général Ydigoras.

Le colonel King ordonne de mettre tous les Cubains en alerte générale et d’être prêts à parer à toute éventualité, et il demande à être prévenu de toute dégradation de la situation.

Plus tard, il ordonne d’annuler le plan GS-46-007 et d’évacuer les forces vers un lieu secret, de rester vigilants et de se tenir prêts à intervenir.

À 15 heures, le Secrétaire d’État nord-américain, Christian Herter reçoit une information selon

laquelle le commandement de la deuxième zone militaire de Zacapa, la base militaire et l’aérodrome de Puerto Barrios est tombé aux mains de rebelles non identifiés. On ignore si l’attaque avait pour but d’obtenir des armes, des munitions et des véhicules, où s’il s’agit d’un objectif stratégique. Un fonctionnaire de l’ambassade téléphone de Puerto Barrios informant que le gouverneur du Département a été arrêté. Les rebelles réalisent des transmissions radiophoniques sans mentionner de noms de personnes ni de partis.

Vers le milieu de la matinée, des attaques au mortier et à la mitrailleuse calibre 50 sont enregistrés à Zacapa et à la base de Puerto Barrios. L’armée fait une tentative pour reprendre rapidement Puerto Barrios avec le soutien des troupes aérotransportées depuis la capitale et de l’aviation. Les pilotes cubains pilonnent la zone. Le général Miguel Ydigoras décrète l’état de siège et une réunion de crise se tient au Congrès.

LES B-26 ET LES PILOTES CUBAINS IMPLIQUÉS DANS L’ACTION

L’ambassadeur des États-Unis demanda de surveiller l’espace maritime et aérien entre le Guatemala et Cuba et à l’aviation de s’abstenir d’intervenir. Le 14 au matin commence le patrouillage aérien du Golfe du Honduras et un destroyer est dépêché dans cette zone à la demande du ministre de la Défense d’Ydigoras. Il est également décidé d’envoyer 200 des Cubains recrutés par la CIA et basés à la ferme Helvetia pour combattre les militaires soulevés à Zacapa et Puerto Barrios, et participer à la défense du campement principal.

Le commandement US reconnaît que le soulèvement n’a aucun lien avec le gouvernement cubain, même s’ils soupçonnent une connexion avec les communistes du PGT (Parti des travailleurs du Guatemala), qui s’était prononcé très tôt contre l’existence de la base militaire.

Miguel Ydigoras nomma le colonel Ricardo Peralta Mendez au poste de chef des opérations et l’envoya mater la rébellion.

À l’aide de bombardiers B-26 de la CIA qui seraient ensuite utilisés contre Cuba, les pilotes cubains pilonnèrent les installations de Zacapa et Puerto Barrios. Cette participation fut tenue soigneusement secrète afin de protéger les plans de la CIA, soucieuse de dissimuler sous un voile hermétique le premier bombardement lancé sur Cuba le 15 avril, sacrifiant l’ambassadeur Adlai Stevenson, candidat à la présidence aux élections. L’officier de la CIA David Atlee Phillips incita Stevenson à déclarer faussement à l’ONU que les attaques contre les aérodromes cubains avaient été perpétrés par des ressortissants qui avaient fui l’Île ce même jour, et qu’ils n’étaient pas venus en provenance du Nicaragua, comme il fut confirmé plus tard. Mais David Atlee Phillips n’est pas tombé en disgrâce pour autant. Quelques années plus part, il participa sur ordre de la CIA à l’assassinat du général Renñe Schneider au Chili, et fut pointé du doigt par le Comité sélect du Congrès chargé de l’enquête sur l’assassinat du président Kennedy comme l’officier traitant de Lee Harvey Oswald.

LE DÉNOUEMENT DU CONFLIT ARMÉ

Le 13 novembre 1960, le peuple Guatémaltèque se réveilla en proie à une inquiétude généralisée, dans une atmosphère tendue provoquée par le soulèvement armé. Le 14, dans un communiqué envoyé à l’Organisation des États américains (OEA), le gouvernement qualifia ces événements d’ « invasion en provenance de Cuba », une accusation démentie par la CIA elle-même. Le gouvernement et la presse guatémaltèques affirmèrent que les séditieux avaient été immédiatement maîtrisés. Mais il admet que les rebelles avaient tué deux chefs de la caserne Général Moros et augmenté leur force en troupes et en armement.

Les militaires avaient décidé de se soulever ouvertement contre le régime « en raison de son incapacité et pour sa responsabilité dans le chaos régnant dans les sphères politique et économique au Guatemala ». Ils affirmaient vouloir « se joindre au peuple pour renverser un gouvernement qui ne répond pas aux aspirations des Guatémaltèques ».

Ils se rendirent ensuite à Zacapa pour rejoindre la majorité des officiers insurgés et lancèrent des appels à lutter pour sauver le Guatemala et instaurer un régime de justice sociale où les richesses profitent à ceux qui travaillent et non pas aux exploiteurs du peuple.

L’aviation du gouvernement lance des raids sur les positions rebelles. La plupart de ses forces militaires converge vers des points clés où les insurgés ont fortifié leurs positions. Les bombardements aériens à l’aide de B-26 nord-américains s’avèrent décisifs. Le 17, le gouvernement annonce la fin de l’opération, avec un bilan de 13 morts et 60 blessés. Des militaires et des hommes politiques impliqués trouvent asile à l’ambassade du Mexique, et 52 officiers de l’armée se réfugient au Honduras voisin.

Cependant, le soulèvement de 1960 contribua à la formation d’un puissant mouvement révolutionnaire et donna lieu au soulèvement dans les montagnes du Mouvement 13 Novembre, dont les leaders furent Yon Sosa et Luis Augusto Turcios Lima.

Le conflit armé persista jusqu’à la formation d’une Commission nationale de réconciliation afin de trouver une solution, et dont les travaux aboutirent à la signature des accords de paix.

Ainsi, le soulèvement de 1960, qui cherchait à construire un avenir de justice sociale pour le Guatemala fut réprimé avec le soutien politique du gouvernement des États-Unis, le CIA et ses mercenaires cubains.

(Granma)

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