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Obama « le bon »

Barack ObamaSi Barack Obama n’avait pas été utile aux pouvoirs de facto qui dirigent l’État nord-américain, il aurait été difficilement élu président en 2008.
Comme beaucoup, j’ai suivi la visite de Barack Obama dans notre pays, partagé entre des sentiments divers : d’une part, la saine fierté patriotique et révolutionnaire de voir un président des États-Unis rectifier la politique envers Cuba et répétant sur notre propre sol que le blocus doit être levé, confirmant ainsi le respect de notre souveraineté et de notre indépendance que, nous les Cubains, avons gagnées par notre sacrifice, notre sueur, notre sang, notre histoire et, d’autre part, le danger que représente le fait que certains puissent penser que ces changements, pour l’instant encore tièdes, aient fait disparaitre la contradiction entre les intérêts de l’impérialisme nord-américain et ceux de la nation cubaine.Mais ce n’est qu’après avoir écouté son discours de mardi matin que je me suis décidé à écrire ces lignes, car – comme nous en a avertis Fidel voilà plus d’un demi-siècle –, dorénavant, tout sera plus difficile.

Qui pourrait mettre en doute l’énorme complexité de la société étasunienne, où des analyses en noir et blanc seraient bien insuffisantes ?Une histoire turbulente où se mêlent les luttes contre le colonialisme anglais pour l’indépendance et les agressions génocidaires contre la population autochtone, un développement industriel impétueux et une cruelle guerre intestine qui coûta la vie à plus de 600 000 personnes ; une créativité et une inventivité exemplaires en sciences et en technologie et un bellicisme expansionniste dont le Mexique et Cuba – pour ne citer que deux exemples de notre région – ont été les victimes proches ; une société avec d’extraordinaires manifestations culturelles en musique, littérature et cinéma, associée à un messianisme qui honore ces valeurs, des citoyens laborieux et entreprenants, sur lesquels cependant repose lourdement une machinerie d’État impérialiste, le pays le plus riche et le plus endetté au monde, celui qui interpellent le plus les autres pays au sujet des droits de l’Homme et qui les respecte le moins, comme le démontre plus d’un demi-siècle de blocus contre Cuba.

Une société où la violence sert de fil conducteur pour suivre son histoire En résumé, un pays plein de contradictions, où toutefois il serait naïf de penser que les rapprochements actuels envers Cuba ne sont que le résultat des critères, de la volonté et de l’habileté d’Obama et non une partie intégrante des intérêts du pouvoir réel aux États-Unis : celui du grand capital.

Si Barack Hussein Obama n’avait pas convenu aux pouvoirs de facto qui dirigent l’État nord-américain, il aurait difficilement été élu président en 2008, ni réélu en 2011, et il n’aurait pas non plus amorcé le changement de politique envers Cuba.

C’est ce même Obama qui, deux mois à peine après avoir reçu le prix Nobel de la Paix, a envoyé des dizaines de milliers de soldats en Afghanistan, celui qui a autorisé des centaines d’attaques par drones qui ont coûté la vie à des centaines de civils dans plusieurs pays du monde, celui qui a participé au complot qui a détruit la Libye ; celui qui a armé ladite opposition syrienne, renforçant ainsi l’auto-dénommé État Islamique ; celui qui a approuvé la fourniture d’armes à Kiev à la suite du coup d’État ; le président qui a été derrière le « printemps arabe » aux fatales conséquences dans cette partie du monde. C’est cela Obama.

Comme dirait le poète : « Ne vous étonnez de rien… » En effet, il n’y a pas deux Obama : l’un « bon » et l’autre « mauvais ». Nous ne sommes pas face à une personnalité bipolaire, mais à un seul homme, un politicien de carrière, qui au-delà de ses caractéristiques et de son histoire personnelle, de sa façon familière de faire de la politique, et jusqu’à ses inclinations en tant qu’individu et de son objectif probable de laisser pour héritage le fait d’avoir été le président des États-Unis qui a changé la politique envers Cuba.

Il a toujours été et il est utile aux intérêts stratégiques des pouvoirs de facto qui dirigent l’État nord-américain.C’est, certes, un politicien à qui il faut reconnaître du charisme, de la maîtrise scénique, le sens de l’opportunité médiatique, une habilité communicative, probablement le meilleur et le plus capable sans doute pour dissimuler aujourd’hui les objectifs stratégiques de l’impérialisme étasunien envers Cuba, l’Amérique latine et la Caraïbe.

Lors de cette visite dans notre pays, le président Obama n’a pas perdu l’occasion de réclamer la levée du blocus, mais ce sont finalement les parole de quelqu’un qui va bientôt disparaître de la scène gouvernementale étasunienne, des phrases qu’il peut maintenant prononcer, dont il peut assumer la responsabilité, car il n’aspire ni ne pourrait aspirer à un nouveau mandat présidentiel et que les règles du système politique de son pays lui permettent de se présenter avec impudence comme quelqu’un qui n’est pas responsable du blocus, qui est opposé au blocus et favorable à une nouvelle politique, alors que durant pratiquement tout son mandat présidentiel, il l’a entériné par son inertie.

Mais pour en revenir au discours que l’on connaît, – celui du 17 décembre 2014 – une analyse exhaustive de cette déclaration ne saurait être l’objet d’un article bref [1], de telle façon que je vais seulement souligner certains aspects qui frappent à première vue, dans lesquels, comme l’ont signalé plusieurs analystes, il y a beaucoup de ce qui ne s’est pas dit et bien peu de ce qu’il admet, bien qu’il l’enjolive avec soin.

C’est le même Obama qui pourrait faire bien plus à partir de ses attributions présidentielles et qui ne l’a pas encore fait. Et c’est de cela dont il s’agit : lire les « petites lettres » de ses déclarations. Quelque chose de très important, spécialement pour les jeunes dont les expériences de vie avec le voisin du Nord n’ont pas connu les sabotages criminels, les épisodes de Playa Giron, la crise d’Octobre, les bandes de contre-révolutionnaires, les attentats contre nos leaders, les agressions biologiques, et un long etc… Des jeunes à qui les effets du blocus sont parvenus, amortis par la protection sociale et la famille.Aucun doute : Obama est le visage gentil et séducteur du même danger.

Il n’a pas présenté d’excuses pour les crimes contre Cuba ; il n’a pas mentionné la base navale de Guantanamo ; il n’a pas parlé de la Loi d’Ajustement cubain ; il n’a pas dit pourquoi il n’en fait pas davantage contre le blocus, alors qu’il peut le faire, et de nombreuses autres omissions impensables.

Par contre, il fut évident qu’il ne veut pas coopérer avec Cuba, mais avec cette partie de notre société qui, lui semble-il, dispose de meilleures conditions pour servir les intérêts stratégiques qu’il représente ; il a voulu séduire la jeunesse, encourager en elle l’égoïsme et le désir de promotion purement individuelle, en présentant la croissance capitaliste comme la panacée universelle et non comme la cause des crises et du danger de l’épuisement de la nature et de la disparition de l’espèce humaine ; il a voulu contribuer à la fragmentation de la société cubaine afin de récupérer l’hégémonie nord-américaine ici et dans notre région.

Dans son discours a pointé le ton suffisant de celui qui « nous concède le droit – que nul ne saurait nous attribuer – de résoudre nos propres problèmes ». Il nous revient maintenant d’expliquer et d’éclaircir cela.La visite d’Obama est une victoire du peuple cubain et de tous les peuples d’Amérique latine et de la Caraïbe parce que cela implique que les États-Unis d’Amérique ont été obligés de reconnaître qu’ils se sont écrasés contre notre dignité et que maintenant il optent pour un rodéo truqué. C’est pourquoi il nous faut rappeler les paroles de l’écrivain tchèque Julius Fucik à la fin de son Reportage écrit sous la potence et… « rester vigilants ».

Obama a conclu sa visite à Cuba. Il a été – ainsi que sa belle famille pour laquelle les Cubains ont ressenti une sympathie naturelle –, reçu, traité et raccompagné courtoisement par un peuple et des autorités qui ont fait preuve d’hospitalité, de respect et se sont montré prêts au dialogue sans contraintes, mais dont la majorité d’entre eux savent bien sur quel terrain ils s’engagent et dans lesquels bouillonne l’esprit souverain, martinien et fidéliste, celui-là même qui au stade latino-américain scandait : « Raul, Raul, Raul… »

[1] Dans un ouvrage qui sera bientôt publié par Editorial de la Mujer à La Havane, je consacre un chapitre complet à l’analyse du discours du 17 décembre 2014 à la Maison-Blanche et dont je reprends certains fragments.

(Dario Machado Rodriguez)

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