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De La notte dell’Europa à l’ère du rapprochement vital

Gianni PittelaGianni Pittella, président du Groupe de l’Alliance progressiste des socialistes et des démocrates au Parlement européen, a eu un programme chargé à l’occasion de sa visite à La Havane.
À l’occasion de ce qui a constitué « la première visite d’État d’un chef d’État cubain en France et à un pays de l’Union européenne » — au début du mois dernier — en réponse au voyage à Cuba du président François Hollande dans la plus grande des Antilles (en mai 2015), le général d’armée Raul Castro a exprimé sa reconnaissance à ce pays pour « son rôle en faveur de la construction d’une nouvelle étape dans les relations entre l’Union européenne et Cuba, sur des bases de respect et de réciprocité, et notamment à l’égard de la négociation de l’Accord de dialogue politique et de coopération en cours depuis avril 2014, qui se trouve à un stade très avancé ».

À ce propos de la récente visite à Cuba d’une importante délégation d’eurodéputés de l’Alliance progressiste des socialistes et démocrates au Parlement européen (S&D), le président du groupe, le député italien Gianni Pittella, nous a livré ses réflexions sur le sujet et sur d’autres questions névralgiques qui vont même au-delà de l’univers de la Chambre européenne et nous concernent tous en tant qu’habitants d’un village global, planétaire.

Concernant l’accord envisagé, le leader du S&D a déclaré qu’il s’agit d’une des priorités — défendues par son groupe —, Cuba étant le seul pays de la région à ne pas avoir signé d’accord de ce genre avec l’Union européenne.

« Nous devons accélérer les négociations avec Cuba pour obtenir l’accord de coopération, car jusqu’à ce jour ce vide nous est apparu comme un trou noir qu’il faut combler et, en deuxième lieu, il faut favoriser et développer l’intégration avec l’Amérique latine comme un projet politique, l’Union européenne étant avant tout une intégration politique », a-t-il ajouté.

Les liens entre les deux organismes régionaux ont déjà à leur actif quelques résultats positifs non négligeables comme le fait d’avoir déjà organisé deux sommets Celac-Union européenne et, dans le cas spécifique de Cuba, des échanges de visites de haut niveau comme celle de la délégation du S&D à La Havane, qui a coïncidé (en janvier dernier) avec celle du vice-chancelier allemand et ministre fédéral de l’Économieet de l’Énergie, Sigmar Gabriel.

Comme la signalé à plusieurs reprises à notre quotidien l’ambassadeur et chef de la délégation de l’UE à Cuba, Herman Portocarero, les relations entre les deux parties se portent bien et traversent une étape « très intéressante », et des progrès ont été réalisés dans les négociations en vue d’un futur accord. À cet égard, il a précisé que « ce point devra faire l’objet non seulement de discussions diplomatiques, mais surtout de dialogues au niveau des institutions de part et d’autre ».

Une question importante dans l’agenda cubain, en raison de la portée internationale de cet organisme et de son statut de deuxième partenaire commercial de l’Île, de première destination de ses exportations, de deuxième place — derrière le Venezuela — des produits importés et principal émetteur d’investisseurs pour les projets à capital étranger (71%) en cours dans l’environnement économique national.

Au cours d’un séjour au programme chargé à La Havane, Gianni Pittella, qui a déjà un long et riche parcours dans la politique italienne et au Parlement européen, a profité de chaque rencontre, de chaque espace pour mettre en exergue les perspectives prometteuses qui s’ouvriraient à ce bloc communautaire avec le projet politique prôné par son groupe qui opte résolument pour l’union.

Dans l’un de ses échanges avec la presse, il a parlé du cas particulier de Cuba, avant d’énoncer les priorités dans l’actuelle législature du groupe qu’il préside.

La première d’entre elles, a-t-il dit « est d’assurer une relance économique en adoptant des politiques plus expansives, après une longue phase d’austérité qui a sérieusement affaibli l’économie européenne et ébranlé la cohésion sociale ».

« La deuxième priorité consiste à bien gérer la mobilité et la crise migratoire à travers une répartition des capacités d’accueil des migrants afin de les accueillir dans des pays membres de l’Union européenne, sur la base du principe, essentiel pour tous, de la solidarité ».

La troisième serait de « développer la politique extérieure de l’UE afin qu’elle puisse apparaître comme un véritable acteur, à la fois un veilleur et un joueur sur la scène internationale, ceci non seulement par le biais de nos relations avec les États-Unis, mais aussi à travers nos liens avec l’Amérique latine, que nous avons un peu négligés ces dernières années et que nous nous proposons de relancer », a-t-il dit.

En apportant des précisions sur certains éléments stratégiques sur lesquels il a insisté comme la croissance, la cohésion sociale et le développement durable, et s’ils sont toujours à l’ordre du jour de son parti comme une recette européenne jouant comme une soupape de sécurité face à la crise, il a signalé que « pour obtenir un développement durable, il s’impose d’assouplir le mécanisme européen de stabilité qui fixe les relations entre les pays afin qu’il puisse investir dans les secteurs les plus productifs en termes de travail et de cohésion ».

Co-auteur avec Thomas Fazi du livre La notte dell´Europa — qui illustre les tensions générées par une éventuelle sortie de la Grèce de la zone euro —, l’eurodéputé met en garde contre les actions de certaines forces qui pourraient conduire à la désintégration du projet politique. Parmi les principaux problèmes, il cite la crise migratoire, « parce que les pays ont donné des réponses très diverses, il n’y a pas eu d’union entre eux, et ici la division se manifeste plutôt entre l’ouest et l’est. Et, une fois de plus, avec le soutien de tout le Groupe, je me suis engagé à faire en sorte que cela ne se produise pas et que nous puissions préserver notre unité face à cette crise ».

Concernant la solution la plus efficace pour contenir ce flot d’immigrants : investir dans les pays récepteurs de migrants (à la fois pour résoudre ponctuellement la situation qui s’est créée chez eux, que rendre la migration plus attractive), ou investir dans les pays émetteurs. Il a souligné que, contrairement à certaines forces politiques qui cherchent à faire croire dans les médias, « il ne s’agit pas d’une invasion ».

Le signe encourageant de cette volonté d’apporter un soutien plus efficace aux réfugier est la récente proposition de la Commission européenne émise dans un communiqué de presse daté du 2 mars de « créer un instrument d’aide d’urgence à utiliser au sein de l’Union européenne pour réagir plus rapidement et de manière plus ciblée aux grandes crises et notamment aider les États membres à faire face à l’afflux d’un grand nombre de réfugiés ».

Christos Stylianides, commissaire européen chargé de l’aide humanitaire et de la gestion des crises, a déclaré : « Avec cette proposition, nous serons en mesure de fournir beaucoup plus rapidement qu’avant une aide d’urgence en cas de crise à l’intérieur de l’Union européenne. Il ne fait aucun doute, aujourd’hui, que cette aide sera particulièrement nécessaire pour aider les réfugiés. Il n’y a pas un instant à perdre pour déployer tous les moyens possibles permettant de prévenir la détresse humanitaire à l’intérieur de nos frontières. Dans le cadre de sa proposition de ce jour, la Commission mettra un montant de 700 millions d’euros à la disposition de ceux qui en ont le plus besoin. J’attends à présent des gouvernements européens et du Parlement européen qu’ils apportent rapidement leur soutien à la proposition.»

La Commission proposera d’urgence au Parlement européen et au Conseil, en tant qu’autorités budgétaires, un budget rectificatif pour créer une ligne budgétaire pour l’instrument. Les besoins pour 2016 sont estimés à 300 millions d’euros puis à 200 millions d’euros pour 2017 et 2018, respectivement.

Cette aide ne serait donc pas accordée aux dépens des programmes d’aide humanitaire extérieure (hors UE) existants. Ceci dans le but d’inverser une situation qui, comme l’ont signalé certains médias, « pourrait conduire à la fin des accords de Schengen ».

Cette analyse fait apparaître certaines conclusions : des actions sont menées au sein de l’Union européenne qui mise sur la santé de son projet politique dans de multiples domaines, ainsi que sur un rapprochement avec l’Amérique latine, qui présente des avantages importants et, est d’ores et déjà considéré comme vital.

(Granma)

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