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Don Fernando Ortiz, l’homme qui nous a appris à nous reconnaître

Criminologue, linguiste, ethnologue, musicologue, folkloriste, économiste, historien et géographe, Ortiz a évolué d’une vision positiviste et partielle à une compréhension sans préjugés et inclusive des éléments qui composent l’identité cubaine et, en même temps, il a créé le concept essentiel de transculturation pour expliquer le phénomène qui se passe quand un groupe social reçoit et adopte les formes culturelles provenant d’autres groupes.

Selon le fondateur de l’anthropologie sociale britannique Bronislaw Kasper Malinowski (1884-1942), le concept de transculturation est l’un des plus importants apports à l’anthropologie culturelle.

Don Fernando a été capable d’élargir sa curiosité scientifique d’une façon admirable si l’on tient compte du fait qu’il est parti de la vision raciste de Cesare Lombroso, un médecin italien renommé qui a tenté d’expliquer la délinquance comme la conséquences de tendances innées, d’ordre génétique, observables à partir de certains traits physiques des délinquants habituels.

Lonbroso tenait compte des asymétries du crâne, de certaines formes de la mandibule, des oreilles, des arcs superciliaires et d’autres traits physiques, mais il mentionnait également d’autres facteurs comme le climat, l’orographie, le degré de civilisation, la densité de population, l’alimentation, l’alcoolisme, l’instruction, la position économique et même la religion.

A partir d’une perspective à ce point limitée, les études de champs, sa curiosité scientifique et son humanisme profond ont permis à Don Fernando Ortiz de parvenir à un regard écuménique qui l’a conduit à énoncer la géniale métaphore créole de concevoir la culture cubaine comme un ‘ajiaco’, cette délicieuse soupe cubaine dans laquelle se marient les saveurs de tous les légumes et de toutes les viandes.

Cette expression permet de comprendre, même pour l’esprit le moins aigu, la richesse d’un concept dans lequel chacune des parties qui l’intègrent participent à la formation de quelque chose de nouveau et d’authentique sans qu’aucune d’entre elles perde de sa personnalité.

Liée profondément à la sensualité du goût, cette définition nous permet de pénétrer dans les profondeurs de la formation d’un peuple et dans la complexité des processus culturels qui ont défini sa nationalité.

C’est à Don Fernando Ortiz que les cubains doivent l’instrumentation et l’orientation qu’ont, ensuite, suivies les études postérieures réalisées pour tenter de construire cette autobiographie sociale qui expliquera les composantes ethniques, historiques et culturelles de tout type qui se sont unies pour donner naissance à un peuple aujourd’hui orgueilleux de ses origines et de ses projets d’avenir.

Tout cela n’aurait pas existé sans l’œuvre fondatrice d’Ortiz, « Contrepoint cubain de tabac et de sucre », publiée en 1940, ou les œuvres monumentales qui l’ont suivie comme, par exemple, les cinq tomes des « Instruments de la musique afro-cubaine » ou « L’histoire d’un combat cubain contre les démons ».

Cependant, l’influence de cet intellectuel immense ne se limite pas à la sphère académique car, aux côtés d’autres rénovateurs des études historiques cubaines comme Ramiro Guerra et Emilio Roig de Leuchsenring, son influence parvient jusqu’à l’avant-garde politique de son époque.

Rappelons que dans son étude ont travaillé comme secrétaires particuliers, Rubén Martínez Villena et Pablo de la Torriente Brau.

De nos jours encore, le legs d’Ortiz est essentiel car, sans l’apport éthique et intellectuel de l’homme qui nous a appris à nous reconnaître, le surgissement d’un peuple digne, combatif et créatif n’aurait pas été possible.

(Source: Agence Cubaine d´Information)

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